Couleur de colère. S. Reggiani

Je n’ai jamais rien dit, jamais bravé la moindre loi

Pas le plus petit carreau brisé, le moindre éclat de voix

J’ai vécu peinard dans mon pinard et mes pantouffles

Ce succédané de liberté où l’on étouffe

J’ai fermé ma gueule et ma fenêtre et mes idées

J’ai été le seul à me connaître, à me voir me rider

Mais je n’en peux plus de m’être tu dans ce vacarme

Dans la fausse paix du monde vrai des marchands d’armes.

Et c’est moi le lâche

 et c’est moi qui me fâche

 et c’est moi qui m’arrache et qui vous secoue

Moi l’intrus, l’anonyme

Le cocu, la victime

Je ne veux plus tendre l’autre joue.

Bouge, mon pauvre coeur usé d’avoir battu pour rien

Les années solitaires, les années sans lumières, c’est loin

Rouge, le ciel est rouge et nous promet de beaux matins

L’horizon est couleur de colère…

Qu’est-ce que je foutais dans mon silence et dans ma peur

Enterré vivant, tenant autant de place qu’une erreur

Qu’est-ce que je foutais, moi toujours prêt dans le tumulte

A courber le dos, à faire le beau sous les insultes

Il en est bien sûr de plus malins et de plus forts

Des briseurs de sceptres, des païens qui traquent le veau d’or

Prêts à tout casser pour renverser les dictatures

Et les remplacer souvent par d’autres dictatures.

Et c’est moi, moi le lâche

Et c’est moi qui me  fâche

Et c’est moi qui m’arrache et qui vous secoue

Moi l’intrus, l’anonyme

Le cocu, la victime

Je ne veux plus tendre l’autre joue.

Bouge, ma pauvre vie laissée pour compte si longtemps

Et si c’est éphémère, ne te prive pas d’air pour autant

Rouge, le ciel est rouge et nous promet de beaux printemps

L’avenir est couleur de colère…

De colère!

De colère!

De colère!

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