France 2 – 23h – jeudi 26/3 documentaire d’Yves Boisset
Que reste-t-il aujourd’hui de la bataille d’Alger dans la mémoire collective ? Sans doute le souvenir d’une victoire militaire à peu près totale des paras de Massu et des “bérêts rouges” de Bigeard sur le FLN.
Mais aussi le souvenir d’une immense défaite politique et morale.
Une défaite de l’honneur et de l’éthique qui révéla au grand jour la pratique de la torture par l’armée française.
Ce documentaire d’Yves Boisset, réalisé en 2006 à l’occasion du cinquantième anniversaire de la bataille d’Alger, est remarquable à bien des égards : clarté et probité du récit, richesse des images et qualité des témoignages recueillis (ou repris). Sur un sujet aussi brûlant, on ne pouvait guère faire mieux.
Curieusement, pourtant, on ne regarde pas ce film sans éprouver une gêne étrange, pour ne pas dire un malaise. Qu’est-ce à dire ? Ce n’est pas tant le débat sur la torture qui est en cause. Sur ce chapitre, notre opinion est faite et ce ne sont pas les témoignages embarrassés de Massu ni ceux des colonels Trinquier ou Argoud qui peuvent l’ébranler. Non, à l’évidence, c’est notre perception globale du terrorisme qui s’est radicalement transformée.
Le 11 septembre 2001, l’émergence du réseau Al-Qaida, les attentats suicides de Bagdad, Madrid, Londres, Tel-Aviv ou Jérusalem, tout cela s’est comme surajouté à notre mémoire collective. Ces violences aveugles ont changé notre manière de voir. En écoutant témoigner les quatre poseuses de bombes que furent Danielle Minne, Djamila Bouazza, Djouas Akrour et Jacqueline Guerroudj, nous avons désormais plus de mal à considérer ces militantes du FLN comme de simples héroïnes de l’indépendance algérienne.
En les entendant rappeler paisiblement comment elles déposèrent leurs bombes artisanales dans tel ou tel café d’Alger et tuèrent ainsi plusieurs civils, nous songeons irrésistiblement à ces femmes palestiniennes ou irakiennes qui, cinquante ans après, sèment la terreur en Irak ou en Israël. Ces deux perceptions du terrorisme – l’une, très ancienne, l’autre, contemporaine -, se superposent dans notre esprit. Un trouble particulier en résulte. Celui-là même qui conduisait un Albert Camus à s’interroger, voici un demi-siècle déjà, sur la f n et les moyens, sans être toujours compris de ses contemporains.
Oh, certes, rien de tout cela ne nous conduit à excuser le comportement des paras français et de leurs chefs. Pas plus que le terrorisme islamiste ne permet d’absoudre l’abjection des violences américaines ou israéliennes. Il n’empêche que tout se passe comme si notre mémoire collective avait subi une insidieuse transmutation. On a d’ailleurs l’impression que le réalisateur Yves Boisset, lui-même très engagé contre les méthodes de l’armée française, ne parle plus vraiment de tout cela de la même façon. Ce trouble imperceptible, ce questionnement qui réapparaît, voire ce doute : tout cela rend ce documentaire d’autant plus passionnant à regarder. Et à méditer.
Curieusement, pourtant, on ne regarde pas ce film sans éprouver une gêne étrange, pour ne pas dire un malaise. Qu’est-ce à dire ? Ce n’est pas tant le débat sur la torture qui est en cause. Sur ce chapitre, notre opinion est faite et ce ne sont pas les témoignages embarrassés de Massu ni ceux des colonels Trinquier ou Argoud qui peuvent l’ébranler. Non, à l’évidence, c’est notre perception globale du terrorisme qui s’est radicalement transformée.
Le 11 septembre 2001, l’émergence du réseau Al-Qaida, les attentats suicides de Bagdad, Madrid, Londres, Tel-Aviv ou Jérusalem, tout cela s’est comme surajouté à notre mémoire collective. Ces violences aveugles ont changé notre manière de voir. En écoutant témoigner les quatre poseuses de bombes que furent Danielle Minne, Djamila Bouazza, Djouas Akrour et Jacqueline Guerroudj, nous avons désormais plus de mal à considérer ces militantes du FLN comme de simples héroïnes de l’indépendance algérienne.
En les entendant rappeler paisiblement comment elles déposèrent leurs bombes artisanales dans tel ou tel café d’Alger et tuèrent ainsi plusieurs civils, nous songeons irrésistiblement à ces femmes palestiniennes ou irakiennes qui, cinquante ans après, sèment la terreur en Irak ou en Israël. Ces deux perceptions du terrorisme – l’une, très ancienne, l’autre, contemporaine -, se superposent dans notre esprit. Un trouble particulier en résulte. Celui-là même qui conduisait un Albert Camus à s’interroger, voici un demi-siècle déjà, sur la f n et les moyens, sans être toujours compris de ses contemporains.
Oh, certes, rien de tout cela ne nous conduit à excuser le comportement des paras français et de leurs chefs. Pas plus que le terrorisme islamiste ne permet d’absoudre l’abjection des violences américaines ou israéliennes. Il n’empêche que tout se passe comme si notre mémoire collective avait subi une insidieuse transmutation. On a d’ailleurs l’impression que le réalisateur Yves Boisset, lui-même très engagé contre les méthodes de l’armée française, ne parle plus vraiment de tout cela de la même façon. Ce trouble imperceptible, ce questionnement qui réapparaît, voire ce doute : tout cela rend ce documentaire d’autant plus passionnant à regarder. Et à méditer.
Rediffusion : 04h45 – samedi 28/3 – France 2
Mots-clefs : Algérie, armée, Bigeard, FLN, France, guerre, Massu, soldat, torture