Le 1er décembre 2009, Denis Halliday donnait une conférence à Montréal intitulée « Le rôle des Nations Unies dans la guerre et la paix ». M. Halliday, qui a travaillé une trentaine d’années pour les Nations Unies, a exposé les grandes lignes des nombreuses défaillances de l’organisation : l’incongruité du Conseil de sécurité et l’importance de sa réforme, le principe des deux poids deux mesures appliqué par les cinq membres permanents et qui sert les intérêts d’une minorité, la nécessité de criminaliser la guerre etc.
Il arrive que le New York Times fasse ce qu’il faut. Ce matin (1er décembre 2009) l’éditorial a condamné le vote du référendum suisse pour interdire partout au pays la construction de minarets sur les mosquées. Sur la page en regard de l’éditorial, Bob Herbert a cité Eisenhower : « Je déteste la guerre, comme seul le peut un soldat qui l’a vécu, qui a vu sa brutalité, sa futilité et sa stupidité. » Il ajoute, « Chaque canon jamais fabriqué, chaque navire de guerre lancé, chaque roquette mise à feu représente, au bout du compte, un vol au détriment de ceux qui ont faim et ne sont pas nourris, de ceux qui ont froid et ne sont pas vêtus »
Merci particulièrement au professeur Chossudovsky de m’offrir cette opportunité de parler à Montréal, d’écouter les réactions et commentaires de l’assistance et d’apprendre de ceux-ci.
Comme vous l’avez peut-être deviné, cette analyse de l’ONU ne se veut pas « résolument optimiste ». Nous sommes ici pour réfléchir et envisager quelque chose de mieux, de différent. Quelque chose de représentatif, un organisme respectueux des lois internationales, qui se consacre à l’égalité des pays et des peuples. Une organisation qui croit réellement en une seule norme de comportement et de traitement pour tous… et non aux deux poids deux mesures, comme c’est le cas actuellement.
L’éditorial du New York Times du 21 novembre suggère que les lecteurs ne devraient pas être trop critiques envers la récente visite du président Obama en Chine… alors qu’il tente toujours de restaurer l’autorité morale des États-Unis ! Ma première pensée fut : Restaurer quelle autorité morale ?
Ma deuxième réflexion fut : le concept de restauration devrait absolument s’appliquer aux Nations Unies ! Et en particulier au Conseil de sécurité responsable de la paix et de la sécurité dans le monde. C’est vers ce Conseil que nous devons nous tourner pour une autorité morale laïque, un leadership mondial, le respect de la loi internationale et l’administration de la coexistence pacifique dans le monde. Mais nous ne le faisons pas non ?
Avant de plonger dans l’entreprise de restauration, examinons comment l’ONU est perçue de nos jours.
Premièrement, il y a l’ONU des attentes irréalistes des peuples : la façon dont nous voulons qu’elle soit, qu’elle agisse, qu’elle nous représente nous qui sommes préoccupés ! Une ONU qui apporterait de la bonne volonté et du bien-être à l’humanité partout où elle se trouve.
Nous voulons qu’elle soit l’ONU du préambule : « Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre […] à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites, à créer […] la justice et [le] respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international, à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande, et à ces fins à pratiquer la tolérance, à vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage, à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales […] »
Je crois que la plupart d’entre nous veulent une ONU qui se distingue des affreuses politiques du G-8, de l’UE, de l’OTAN des États-Unis et du Royaume-Uni et des guerres menées illégalement par des États membres de l’ONU, comme au Congo, en Tchétchénie, à Gaza, en Géorgie, en Irak, au Pakistan, au Soudan et en Afghanistan, au moment où l’on se rencontre ce soir. Les politiques atroces ont miné le Préambule – en fait, elles ont négligé l’esprit et la lettre de la Charte de l’ONU !
Malheureusement, cette ONU parfaite n’existe pas. Pas plus que son autorité morale.
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