Les fruits et les légumes sont largement plébiscités dans les politiques de santé en raison de leurs nombreux atouts nutritionnels. Et dans la plupart des pays européens ainsi qu’aux Etats-Unis, leur consommation reste largement en dessous des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à savoir minimum 400 grammes de fruits et légumes par jour.
Les jus de fruits sans sucres ajoutés ont une composition nutritionnellle très proche de celle du fruit, à l’exception toutefois des fibres alimentaires qui sont en grande partie perdues. Même sans aucun ajout, les jus de fruits peuvent constituer une source importante de sucres et d’énergie. Bien que la nature des sucres des jus de fruits (glucose, fructose et saccharose) ne soit pas indentique à celle des boissons rafraîchissantes gazeuses (qui contiennent du saccharose), la teneur totale en sucres ainsi que leur contenu calorique sont tout à fait comparable.
La question de savoir si les jus de fruits et les fruits ont les mêmes effets sur la santé titille les scientifiques. D’où l’intérêt de cette nouvelle étude d’envergure menée par des épidémiologistes de La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, qui visait à examiner les effets respectifs des fruits, légumes et jus de fruits sur le développement du diabète de type 2, maladie dite "de civilisation" qui connaît une véritable flambée à l’échelle planétaire.
L’étude porte sur pas moins de 71.000 femmes âgées de 38 à 63 ans, et qui ont été suivies pendant 18 années. Toutes étaient exemptes d’affections cardiovasculaires, de cancers et de diabète au début de l’étude. Leur consommation alimentaire a fait l’objet d’une évaluation tous les quatre ans. Au terme du suivi, il y a eu un peu plus de 4.500 cas de diabète de type 2 (la forme la plus fréquente) recensés.
Les résultats de cette étude publiés récemment dans la revue scientifique spécialisée en diabétologie, à sa voir "Diabetes Cares", montrent dans un premier temps qu’une augmentation de l’apport total en fruits et légumes de 3 portions par jour n’est associée à aucune augmentation du risque de diabète.
Lorsque les chercheurs isolent la consommation de fruits entiers, il apparaît que la même augmentation (3 portions) a même un effet protecteur puisque le risque de développer l’affection diminue de 18%.
Les légumes à feuilles vertes (laitues, épinard, choux …) exercent aussi un effet protecteur, avec une diminution du risque de diabète de 9% pour une portion supplémentaire par jour.
Par contre, la même augmentation ( 1 portion) sous forme de jus de fruits, est associée à une augmentation du risque de diabète de 18%.
Bien que ces données ne concernent que les femmes, elles suggèrent donc bel et bien que fruits entiers et jus de fruits ne sont pas comparables, et que leurs effets sont même opposés face au risque de diabète.
Bref, mieux vaur croquer plus que boire plus.
Article de N. Guggenbühl paru dans Le Soir du 4/09/2008