Lettre de nos libraires.

« Sommes-nous frêles libraires, montés sur nos idéaux comme sur des mules cheminant par grand vent sur les crêtes et au bord des falaises ?

Pourtant nous sommes certains que les librairies indépendantes sont des lieux bien ancrés dans leur sol, lestées du poids de tous les échanges humains qui s’y déroulent, chargées d’une histoire, des voix des auteurs qui y sont passés, des musiciens qui ont joué, encore parfumées des grands soirs de vernissage. Nous ne croyons pas que l’Amazonie et ses savants calculs statistiques peut aussi bien verdir en tout lieu et de la même manière. Et nous disons que les librairies indépendantes sont encore des lieux là où le Grand Marché ne voudrait plus que des espaces (culturels parfois, mais si peu).

Faites vivre les librairies indépendantes de vos villes, elles sont des tribunes, des forêts, des portes d’entrée sur le monde, des coffres à mystères, des arbres à pains et des êtres vivants. Elles ont besoin de vous. Elles dépendent de vous, comme elles dépendent d’une volonté politique dont elles désespèrent, celle qui dira, par exemple, que les livres ne sont pas des biens insignifiants et que les pouvoirs locaux doivent cesser d’exiger pour leurs bibliothèques toujours plus de remise. Elles attendent un choix politique déterminé qui dira que sauver les librairies et à travers elles l’économie du livre n’est pas un gaspillage mais un investissement pour tous.

Alors que tant de personnes subissent les effets d’une crise abjecte, nous ne nous résignons pas à ce monde où, comme l’Homme, le livre devrait être réduit à sa seule valeur marchande, où toute parole autour des idées et de la langue qui s’y réfugient devrait être comptabilisée, rentabilisée et devenir l’objet d’un marchandage de tous les instants.

Nous ne nous résignons pas aux diktats de l’idéologie du confort, du fauteuil et de la boîte aux lettres.

Nous voulons des débats, des disputes, des amitiés, des échanges chaleureux et animés. Nous voulons des surprises, des découvertes. Nous voulons la liberté absolue de création et des lieux pour que la création puisse s’exprimer. Nous voulons des rencontres et du vin pour les arroser, et nous voulons des fêtes.

Nous voulons prendre dans la modernité le meilleur et refuser ce qui endort les consciences et rabote les différences et les particularités. Nous voulons de la diversité et de la liberté.

C’est la confiance tissée entre les libraires et leurs clients qui donnera aux librairies indépendantes un avenir. Notre métier n’a pas dit son dernier mot. »

J’ai trouvé ce texte avec les derniers bouquins achetés chez mon libraire.
Comme je suis tout à fait d’accord avec tout ce qui est écrit, je me suis permis de le reproduire, parce que je pense qu’il doit circuler.
Et, surtout, être suivi d’actes.
Alors, vos prochains livres, achetez-les donc chez un libraire.

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