Mahmoud Darwich à l’honneur à Bruxelles, mercredi 25 janvier 2017 Journée de lancement de la « Chaire universitaire et culturelle Mahmoud Darwich » au Palais des Beaux-Arts

Dans son œuvre immense et diversifiée, comme dans sa vie conçue et assumée comme une œuvre, Mahmoud Darwich résume et incarne l’histoire de la Palestine moderne. Victime, avec sa famille, de l’expulsion massive en 1948 ; revenu peu après, avec les siens, en Palestine comme « infiltré » et devenu réfugié sur ses propres terres ; subissant en jeune poète et écrivain l’emprisonnement à répétition et l’assignation à résidence ; parti en 1970 rejoindre la diaspora et se déplaçant du Caire à Beyrouth, puis à Tunis et à Paris, il connaîtra toutes les blessures, toutes les pertes, tous les exodes et toutes les métamorphoses.

La suite sur : https://www.europe-revue.net/

Programme : https://www.europe-revue.net/2016/12/22/mahmoud-darwich-au-palais-des-beaux-arts-de-bruxelles/

Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?

« Où me mènes-tu, père ? »
– Du côté du vent, mon enfant !
Alors qu’ils sortaient de la plaine
Là où les soldats de Bonaparte
Avaient érigé une colline
Pour guetter les ombres
Sur la vieille muraille de Âkka (2)
« N’aie pas peur
Disait un père à son fils
N’aie pas peur des balles qui sifflent
Colle-toi au sol pour survivre
Sains et saufs
Nous serons tantôt au sommet
D’une montagne du nord
Et nous reviendrons
Quand vers les leurs au loin
S’en retourneront les soldats
– Et qui
Après nous, père
Habitera la maison?
– Elle restera telle quelle
Comme par le passé
Mon enfant »

Il a tâtonné
Tel un organe de son corps
La clé
Et rassuré
Alors qu’ils traversaient
Une clôture d’épines
Il enchaîna:
« Souviens-toi, mon enfant
Ici les Anglais
Ont crucifié ton père
Deux nuit durant
Sur les rameaux épineux
D’un figuier de barbarie
Sans pour autant
Lui arracher un aveu
Tu grandiras, mon enfant
Et à ceux qui se relayeront
Pour prendre les fusils
Tu raconteras les annales du sang
Consignées sur le fer …
– Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ?
– Pour qu’il tienne compagnie à la maison, mon enfant,
Car en l’absence des leurs
Meurent les maisons »
De loin
L’éternité ouvre ses portes
A la voiture nocturne
Et les chacals des contrées sauvages
Glapissent
A la face d’une lune apeurée
« Sois solide comme ton grand-père,
Dit un père à son fils,
Et grimpe avec moi
La dernière côte des chênes
Souviens-toi, mon enfant
C’est ici que le Janissaire (3)
Est tombé de sa mule
Alors résiste avec moi
Pour le retour
– Quand le retour ?
– Demain!
Tout au plus dans deux jours,
Mon enfant »
Un lendemain insouciant
Mâchait déjà le vent
Derrière eux
Dans les interminables nuits d’hiver
Et des soldats de Joshua ben Nun (4)
Érigeaient une forteresse
Avec les pierres de leur maison
Alors qu’ils haletaient
Sur le sentier de Cana (5)
« Notre Seigneur Jésus
Dit le père
Est passé un jour par ici
Il a converti l’eau en vin
Et Il a dit tant et tant
De choses sur l’Amour
Mon enfant,
N’oublie pas demain
Et souviens-toi
De ces forteresses croisées
Que les herbes d’avril
Avaient mâchées
Sitôt le départ des soldats »

Mahmoud Darwich
Traduit par A.Amri
12 juillet 2010

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