Archive for the ‘poésie’ Category

Les jours pourpres

juillet 27, 2022

Un jour nous irons marcher mes enfants

et moi

au fond d’une forêt ou le long d’une rivière

et nous tomberons

sur un de ces petits animaux orphelins

un écureuil, une loutre, un corbeau

un hérisson, une tortue, un renard

une musaraigne

il faudra alors que je prenne

le temps de leur expliquer

que nous pouvons tenter d’aider

mais que d’une manière générale

la vie se porte toujours mieux

loin de nous

oui ce jour viendra

où je devrais leur apprendre

que l’homme n’est pas un cadeau

pour le reste du monde

(Thomas Vineau – Des voix pour la Terre – Editions Bruno Doucey)

« La Résistance et ses poètes », un message intact

juillet 5, 2022

Par Geneviève Simon

Poète et résistant de la première heure, Pierre Seghers a laissé aux générations futures une œuvre phare. Portées par un récent renouveau et toujours marquées par l’engagement, les éditions Seghers le rééditent.

La suite sur : https://www.lalibre.be/culture/livres-bd/2022/07/05/la-resistance-et-ses-poetes-un-message-intact-R2AWY5FYINF6PMDWWBRG77MDOY/

J’essaye de penser le monde – Jeanne Benameur

juin 20, 2022

J’essaye de penser le monde

la douleur du monde

Je pense l’injustice profonde

inexorable

je revois les images des femmes aux membres secs

portant sur la terre de lourdes jarres ou de simples bidons

emplis d’eau

les portant sur des kilomètres

ici il me suffit de tourner le robinet et l’eau coule

et tout le reste

que tout le monde connaît

comme moi

par coeur

par coeur dévasté

les famines et la sécheresse qui gagne

tout le reste

montré

encore et encore

partout

et rien

comment font les oiseaux ?

j’envie leurs vols

Dégâts des eaux – Michel Baglin

juin 14, 2022

Maintenant qu’à n’importe quelle heure du jour et en tout lieu

l’homme qui lève les yeux contemple un ciel balafré

où les traînées d’avions en tous sens lessivent le bleu,

maintenant que l’acide des pluies brûle les arbres,

que le feu ronge les poumons exténués des forêts

à la façon des rouilles,

et que les fleuves n’atteignent plus la mer…

Maintenant que les ruisseaux moussent et que les

torrents empestent,

que les glaciers tournent en boue et tout le reste à débâcle,

maintenant que la banquise perd le nord avec ses ours

et qu’on vide la mer de ses poissons et qu’on en râcle

le fond jusqu’à la dernière arête…

Maintenant que les fleuves n’atteignent plus la mer,

que les îles sombrent à leur tour

et qu’au centre de l’océan naît un continent nouveau

de détritus à la dérive…

Maintenant que le temps nous a eus à l’usure

et que le futur en des flaques nauséeuses s’est décomposé

avec nos utopies…

Oui, maintenant, qui saura dire

à quelle eau encore se laver si toutes les sources

sont polluées,

et ce qu’il restera à aimer encore de cette terre

qu’on naufrage ?

Qui saura dire comment soigner une planète bleue

dont les fleuves n’atteignent plus la mer ?

Dire à quel puits abreuver encore de sortilèges l’enfance ?

De quel embrun lui promettre un baptême,

de quelle neige éclairer le voyage ?

Consommation

juin 11, 2022

De Michel Baglin

Nous n’avons rien à opposer aux tristes effigies de la mode,

aux accrocs des chiffons griffées à fleur de peau,

victimes des slogans mais fières de l’être

et si contentes à leurs filles de transmettre

l’arrière-goûts délicieux des futilités…..

Rien, sinon la beauté offerte, un souffle de vent,

l’arbre pour saluer de toutes ses branches

un ciel échevelé, des cieux changeants…

Nous n’avons rien à opposer aux arrogants de l’asphalte

dont l’angoisse ravalée crisse sous les pneus,

qui s’excitent à talonner leur libido fuyante

et s’épuisent à jouer de l’accélérateur

pour tenter au volant de prendre leur pied…

Rien, sinon l’orage, la course du vent,

l’arbre pour brasser de toutes ses branches

le grand tourment des cieux sauvages…

Nous n’avons rien à opposer aux étals où le désir se laisse prendre

où l’homme se réduit au chaland,

où les besoins fabriqués veulent qu’on consomme

d’autant plus qu’on achète avec le superflu

le désert intérieur et son propre néant.

Rien, sinon la gratuité, une cajolerie du vent,

l’arbre qui chante de toutes ses branches

les cieux offerts à l’incommensurable présent.

Nous n’avons rien à opposer aux achetant à crédit notre temps,

nos rues, nos villes, nos vies, nos pays,

et même le monde et même l’air qu’on respire,

tirant des traites à tout-va sur le vide,

aliénant le virtuel, monnayant le vivant.

Rien, sinon la joie, une sérénade du vent,

l’arbre qui célèbre de toutes ses branches

les cieux donnés sans compter.

Mais qui peut dire si à nous sauver

le ciel suffira vraiment ?

(Michel Baglin – Consommation

Un poème de Carl Norac

mai 22, 2022

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.

Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».

Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Comme par miracle – Jacques Prévert

mars 30, 2022

Comme par miracle
Des oranges aux branches d’un oranger

La suite sur : https://librejugement.org/2022/03/30/comme-par-miracle/

Hallucination

mars 23, 2022

Un moustique bourdonne

un rat surveille le repas

un moribond

La folie transpire

nuit d’aiguilles

Les cadavres dansent

l’euphorie frémit

quinquets exorbités

Le monde est un asile

A quand l’éveil !

pour interrompre ce dépouillement.

(Jorge Torres Medina)

Mustafa Kör, nouveau poète national belge

mars 20, 2022

Par Daniel Cunin

Le 23 mars 2022 marquera l’intronisation du nouveau Poète national belge Mustafa Kör. Celui-ci vient de faire paraître, pour la première fois en traduction française, une sélection de ses poèmes réunis dans le recueil en édition bilingue Brood en Liefde/De Pain et d’Amour.

Tous les deux ans, depuis 2014, à l’initiative de quelques institutions et associations immergées dans le monde des lettres et à l’exemple de ce qui se fait aux Pays-Bas depuis le début du XXIe siècle, la Belgique désigne un poète national.

La suite sur : https://www.les-plats-pays.com/article/comme-le-gel-une-fleur-mustafa-kor-nouveau-poete-national-belge

Les clés de la ville – Jacques Prévert

mars 8, 2022
Les clefs de la ville
Sont tachées de sang
L’Amiral et les rats ont quitté le navire
Depuis longtemps
Sœur Anne ma soeur Anne
Ne vois-tu rien venir
Je vois dans la misère le pied nu d’un enfant
Et le coeur de l’été
Déjà serré entre les glaces de l’hiver
Je vois dans la poussière des ruines de la guerre
Des chevaliers d’industrie lourde
A cheval sur des officiers de cavalerie légère
Qui paradent sous l’arc
Dans une musique de cirque
Et des maîtres de forges
Des maîtres de ballet
Dirigeant un quadrille immobile et glacé
Où de pauvres familles
Debout devant le buffet
Regardent sans rien dire leurs frères libérés
Leurs frères libérés
A nouveau menacés
Par un vieux monde sénile exemplaire et taré
Et je te vois Marianne
Ma pauvre petite soeur
Pendue encore une fois
Dans le cabinet noir de l’histoire
Cravatée de la Légion d’Honneur
Et je vois
Barbe bleue blanc rouge
Impassible et souriant
Remettant les clefs de la ville
Les clefs tachées de sang
Aux grands serviteurs de l’Ordre
L’ordre des grandes puissances d’argent.

Jacques Prévert – Recueil Histoire.