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Un Monty Python contre « la guerre au terrorisme » Hommage à Terry Jones

janvier 22, 2020

par Damien-Guillaume et Marie-Blanche Audollent

Au début des années 2000, à l’heure où grands médias et dirigeants socialistes nous invitaient à nous rallier au « blairisme », Terry Jones consacra un brulôt à la Croisade américaine contre « le terrorisme » qui constitua, à nos yeux, une formidable alternative : un « autre modèle anglais », « notre modèle anglais à nous ». Ce livre fut en effet exemplaire à plus d’un titre : composé de chroniques courtes et d’une lecture aisée, il proposait une analyse de la novlangue « bushienne », aussi minutieuse que celle d’un Viktor Klemperer [1] ou d’un George Orwell [2], avec en prime la verve comique des Monty Python – dont Terry Jones fut l’un des fondateurs et des principaux animateurs. Ce qui était remarquable, surtout, et difficilement imaginable au pays de Philippe Val [3], c’est qu’un « amuseur public » délaisse les salles de spectacle ou les plateaux de télévision pour passer à l’écrit et aborder des sujets graves sans pour autant perdre son humour, sans devenir sinistre et pontifiant – et sans virer « vieux con » élitiste, réactionnaire, pro-américain, anti-arabe et islamophobe… Il est bien là, le « miracle anglais » : un petit livre intelligent, radical, féroce, drôle, et – si le mot a encore un sens – de gauche. Le texte qui suit est une présentation de ce beau livre, rédigée par Damien-Guillaume et Marie-Blanche Audollent, traducteurs de Ma guerre contre la « guerre au terrorisme » [4]. Nous la republions aujourd’hui en hommage à Terry Jones, qui vient de disparaître.

La suite sur : http://lmsi.net/Un-Monty-Python-contre-la-guerre-au-terrorisme

The Queen.

novembre 21, 2008

La Une – 20h15 – lundi 24/11

Un film de Stephen Frears avec Helen Mirren, Michael Sheen, James Cromwell, Alex Jennings

Décidément, le cinéma, s’il n’existait pas, il faudrait vraiment l’inventer ! Ne serait-ce que pour sa formidable capacité de reconstituer l’Histoire. Et nous ne parlons pas seulement de notre lointain passé, mais aussi de ces évènements récents que nous croyons connaître, jusqu’à ce qu’un film nous les dévoile sous leur véritable jour.

Prenez par exemple le 1er septembre 1997. Le monde apprend la mort de la princesse Diana à Paris dans un accident de voiture. A ce moment, la famille royale est au domaine de Balmoral, sa retraite d’été en Ecosse.

A Londres, Tony Blair (Michael Sheen, mimétique), tout frais émoulu Premier ministre, pressent l’impact populaire du drame. Son bras droit, Alister Campbell lui écrit un discour qui fera date, hommage à « la princesse du peuple ». Les citoyens convergent en masse vers Buckingham Palace, vide, et déposent devant les grilles fleurs et lettres de condoléances.

Le prince Charles part à Paris pour ramener le corps de son ex-épouse.

Mais la reine reste silencieuse. Cinq jours durant, la Grande-Bretagne, d’abord interloquée, ensuite choquée, puis furieuse, attendra une manifestation de celle-ci (incarnée par une hallucinante Helen Mirren, dûment couronnée d’un Oscar pour sa performance).

Avec un sens consommé du détail juste, Stephen Frears pose sa caméra dans les couloirs de Balmoral et du 10 Downing Street pour montrer le fossé entre le sommet de la nation et l’émergence de la politique spectacle, Tony Blair est le tampon, celui qui tentera de protéger la reine de la vindicte de la rue, et de son administration, entretenue par la presse la plus féroce d’Europe.

Le regard peut paraître impitoyable pour Elisabeth II, la reine-mère ou le prince Phillip (James Cromwell, remarquable) qui passe ses journées à « distraire » William et Harry à la chasse. Sans compter que, dans un équilibre étonnant entre critique rigoureuse et humour (anglais), esprit royaliste et regard républicain, Frears aligne les saillies, comme lorsque la reine-mère, émue que l’on utilise pour les funérailles de Diana le protocole préparé pour les siennes, est rassurée d’entendre que les têtes couronnées  et les chefs d’Etat seront remplacés par des vedettes « people »…

Derrière ces apparents crimes de lèse-majesté, il y a pourtant un respect, voire une tendresse, envers cette « femme qui a voué sa vie à son peuple pour un métier qu’elle n’a pas choisi ».

Quant à savoir pourquoi Blair a sauvé la Reine (et la monarchie anglaise) en la persuadant de revenir à Londres partager le deuil de ses sujets, c’est peut-être parce que, comme l’analyse celle-ci, il pressentait qu’un jour ce serait lui qui serait cloué au pilori…     (Eric Vion)